Strategie d'entretien pour les enrobés drainants – Compte rendu de recherche CR 39/98

Un groupe de travail comprenant des représentants du LIN, du MET et du CRR s'est livré à une évaluation de l'intérêt technico-économique de l'emploi des enrobés drainants compte tenu des possibilités techniques de décolmatage et du coût y afférent, des possibilitiés de recyclage de ces matériaux et du coût de stockage après démolition.

Au vu des expériences belges et étrangères, le décolmatage des enrobés drainants est techniquement difficile. Pour être efficace, l'opération devrait être répétée fréquemment à titre préventif ce qui entraîne des coûts élevés et la nécessité de contrôler l'état de la couche avant et après intervention. Or, la seule méthode actuellement praticable fait appel à un drainomètre qui cependant fait l'objet de critiques vu sa sensibilité à la macrotexture plutôt qu'à la perméabilité réelle de la couche.

 C'est néanmoins la voie qu'ont adoptée nos collègues néerlandais car, en principe, cette solution permettrait, en fin de vie de la couche, étant donné sa «propreté» supposée, d'envisager soit de recycler le matériau, soit de le mettre en décharge à prix raisonnable plutôt qu'en décharge de classe I, solution qui peut s'avérer onéreuse d'autant qu'il faut tenir compte en outre des frais de transport.

Or, le noeud du problème réside dans notre ignorance de la nature et de la quantité des polluants qui se fixent dans les enrobés drainants. C'est pourquoi des carottes ont été prélevées aux fins d'analyse chimique sur deux tronçons en enrobés drainants arrivés en fin de vie. On a par ailleurs recherché les informations les plus récentes dans la littérature technique et auprès d'experts étrangers. Les informations collectées concernent les données techniques et économiques relatives aux operations de décolmatage, raclage, recyclage, mise en décharge et transport.

Mais la première question abordée est celle de savoir dans quelle mesure le colmatage détériore les performances spécifiques des enrobés drainants.

La prévention des projections d'eau constitue un des avantages importants des enrobés drainants. On ne possède toutefois pas de données permettant d'en décrire quantitativement l'évolution sous l'influence du colmatage. Néanmoins, on peut raisonnablement supposer que cette performance se détériore avec le temps. Par contre, l'argument du maintien de la résistance au dérapage ne semble pas justifier la nécessité d'un décolmatage périodique.

Sauf conditions défavorables particulières telles que faible épaisseur, faible teneur en vides, petits calibres ou forte agressivité du trafic (pneus à clous), on observe généralement une stabilisation du niveau de bruit avec le temps, soit au plus un accroissement de l'ordre de 2 dBA, après 3 à 4 ans de service. En fait, le colmatage n'a pas d'effet aussi néfaste qu'on pourrait le craindre sur les performances acoustiques.

Le recyclage des enrobés drainants ne devrait en principe pas poser de problèmes du point de vue de l'environnement: les quantités de polluants pouvant passer en solution restent généralement faibles. Le problème essentiel est de disposer de normes et critères clairs et cohérents auxquels se référer pour ne pas arriver à des situations discordantes selon les régions. Il y a cependant lieu de tenir compte de l'environnement particulier de la route, d'un traitement «anormal» (épandage de cendrées par exemple) et d'accidents polluants. Le recyclage d'un fraisat d'enrobé drainant dans des enrobés du type IIIA peut être pratiqué avec succès à des taux de 25 à 30 %, même sans élimination préalable des boues de colmatage. La connaissance des caractéristiques granulométriques de la fraction minérale et celle des caractéristiques du liant du fraisat sont indispensables. Le recyclage en place n'est pas à conseiller vu les différences assez grandes dans les caractéristiques du liant et les teneurs en boue selon qu'il se trouve dans les frayées ou entre celles-ci.

Sous réserve de confirmation officielle, il semble, notamment d'après nos analyses, que le déversage éventuel puisse se faire en Classe II quelle que soit la Région. Néanmoins, vu les frais de transport et les droits de déversage, cette stratégie reste grosso modo deux fois plus coûteuse (680 BEF) que la stratégie prévoyant un recyclage que ce soit en couche d'usure (340 BEF) (cependant non recommandée) ou en sous-fondation (350 BEF) compte non tenu des frais de nettoyage éventuels. Ceux-ci sont estimés à 100 BEF à raison de deux passes par an (fréquence minimale recommandée en cas d'adoption de cette solution) pendant 10 ans (durée de vie structurelle moyenne observée). Or, non seulement le décolmatage est peu efficace quant à la restauration de la perméabilité et donc notamment de la prévention des projections d'eau, mais il n'est pas nécessaire à la préservation de la résistance au dérapage ni des propriétés antibruit. Le nettoyage pourrait permettre d'éviter éventuellement l'obligation de déversage en classe I.

 Par conséquent, nous recommandons l'option «recyclage sans nettoyage». Rien ne s'oppose en effet au recyclage des enrobés drainants en sous-couche asphaltique. Afin de pouvoir éventuellement étendre les possibilités de recyclage, des experimentations plus pointues seraient profitables vu l'arrivée en fin de vie d'importantes quantités d'enrobés drainants dans les prochaines années. En outre, on pourrait explorer les possibilités d'autres formulations permettant de limiter le risque d'encrassement.

Prix
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- version papier: 10,00 € (excl. 6 % TVA)

Commande 
réf.: CR39/98
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